Choisir le quartier pour un investissement locatif
- Analyser le marché local pour choisir le bon quartier en investissement locatif
- Critères essentiels d’un quartier porteur pour un investissement locatif
- Comprendre la demande locative par type de quartier et de locataire
- Sécurité, qualité de vie et services : des critères qui pèsent sur la rentabilité
- Stratégies avancées pour cibler un quartier à fort potentiel locatif et patrimonial
Analyser le marché local pour choisir le bon quartier en investissement locatif
Un même appartement de 45 m² ne se loue pas, ni ne se valorise, de la même façon dans un quartier proche d’une gare TGV, dans une zone pavillonnaire vieillissante ou dans un secteur étudiant. Le choix du quartier conditionne directement le niveau de loyer, la vacance locative, mais aussi les charges de gestion et le risque de dégradation. L’enjeu n’est donc pas seulement de trouver un bien “pas cher”, mais de comprendre dans quel environnement économique et démographique il s’insère.
Les données publiques permettent de cadrer cette analyse. Les statistiques des loyers par commune publiées par l’INSEE, les bases de transactions *DVF* accessibles via data.gouv.fr et les cartes de prix des Notaires de France offrent une première vision du marché. Cette photographie doit toutefois être filtrée par quartier, voire par micro‑secteur, car une ligne de tramway ou une zone commerciale peuvent créer des écarts de 20 à 30 % entre deux rues proches.
Un cas typique illustre cet écart : un T2 de 40 m² situé dans un quartier excentré d’une métropole régionale se loue 540 € charges comprises, alors que le même T2, à dix minutes à pied d’un pôle universitaire et d’un arrêt de métro, atteint 720 € pour un prix d’achat supérieur de seulement 12 %. Sur un an, la différence de recettes dépasse 2 000 €. Sur dix ans, avant fiscalité, cet écart pèse plus que la variation de prix au m² dans de nombreux marchés stabilisés.
La première question à se poser reste donc très basique : qui loue ici, et pourquoi ? Dans un quartier dominé par les bureaux et les commerces, la demande locative peut se concentrer sur les jeunes actifs attirés par la proximité du travail. À l’inverse, un secteur composé de maisons de ville, d’écoles primaires et de parcs familiaux cible surtout les ménages avec enfants. Cette structuration influe sur le type de bien à privilégier, mais aussi sur la façon de calculer la rentabilité, car la durée moyenne d’occupation et le risque de turnover changent.
Pour objectiver cette dynamique, certains indicateurs simples peuvent être suivis dans le temps. Le rythme des constructions neuves, la variation du nombre d’habitants par tranche d’âge, l’évolution du taux de chômage local ou encore la part des résidences principales (sources : INSEE, recensement) dessinent une tendance. Un quartier où la population de 20‑34 ans et le volume d’emplois augmentent simultanément offre souvent une base solide pour un investissement locatif.
Ce que disent ces chiffres : ils décrivent une trajectoire. Ce qu’ils ne disent pas : le ressenti des habitants sur la qualité de vie, les nuisances, ou la réputation informelle du quartier. Un secteur administrativement “calme” peut être boudé par les locataires en raison d’un éclairage public insuffisant ou d’une desserte de bus aléatoire. L’enquête de terrain, les visites à différents horaires et les échanges avec les commerçants viennent compléter, sans les contredire, les bases statistiques.
Un exemple concret permet de lier ces éléments. Camille, 34 ans, envisage d’acheter un T2 à Rennes pour le louer nu. Elle hésite entre un quartier résidentiel à 4 050 € le m² en moyenne et un secteur plus populaire à 3 450 € le m². D’après les annonces, le loyer possible dans le premier cas serait de 730 € hors charges ; dans le second, 650 €. La différence de prix d’achat de 600 € par m², soit 27 000 € sur 45 m², doit être mise en regard de 80 € de loyer supplémentaire par mois, soit 960 € par an. Sans tenir compte de la revente, le secteur plus cher nécessite près de 28 ans pour compenser le surcoût uniquement par le loyer. Le choix du quartier, ici, devient un arbitrage entre rendement immédiat et potentiel de valorisation future.
Cette première grille d’analyse prépare la suite : la recherche d’un quartier capable de cumuler rendement locatif correct et perspectives de plus‑value, sans surestimer les promesses de “futur quartier branché” très utilisées dans le discours commercial.
Comparer loyers, prix et vacance locative par quartier
Pour passer d’une intuition à une décision, un tableau de synthèse aide à comparer rapidement plusieurs quartiers ciblés. Sous réserve de vérification locale et de l’avis d’un professionnel, un investisseur peut bâtir un canevas similaire au suivant, nourri par les bases DVF et les loyers observés en annonces :
| Quartier type | Prix moyen d’achat au m² (ancien) | Loyer moyen au m² (nu) | Vacance estimée | Profil dominant de locataires |
|---|---|---|---|---|
| Centre-ville métropole | 5 000 € à 7 500 € [À VÉRIFIER selon la ville] | 17 € à 25 € | Faible (1 à 2 semaines/an) | Jeunes actifs, cadres, couples sans enfant |
| Quartier étudiant | 3 000 € à 4 500 € | 18 € à 26 € sur petites surfaces | Moyenne mais régulière (rotation annuelle) | Étudiants, alternants, jeunes salariés |
| Zone résidentielle familiale | 2 800 € à 4 000 € | 11 € à 15 € | Très faible (baux longs) | Familles, fonctionnaires, professions intermédiaires |
| Périphérie en mutation | 2 000 € à 3 200 € | 10 € à 14 € | Variable selon projet urbain | Jeunes ménages, étudiants, ménages modestes |
Ce type de tableau n’a pas vocation à remplacer une étude précise ; il aide à repérer rapidement les couples prix/loyer les plus cohérents avec un objectif donné. C’est la limite de l’exercice : sans les chiffres exacts fournis par un notaire ou un agent local, le calcul reste indicatif à quelques centaines d’euros près.
Une vidéo d’analyse du marché locatif peut compléter ces chiffres en apportant un regard sur les tendances nationales, à rapprocher ensuite des réalités de chaque commune.
Critères essentiels d’un quartier porteur pour un investissement locatif
Une fois le diagnostic global posé, le tri des quartiers passe par une série de critères concrets : desserte en transports collectifs, accessibilité aux commerces, écoles, espace public, mais aussi signal faible de dynamisme économique. Un quartier peut être moins cher aujourd’hui parce qu’il a simplement “un métro de retard”. L’investisseur doit donc décortiquer la carte des services, plutôt que de s’arrêter à l’étiquette sociale du secteur.
Le premier levier d’attractivité reste souvent la mobilité. Selon l’INSEE, la part des actifs se rendant au travail en transports en commun ou à vélo progresse régulièrement depuis une dizaine d’années. Un bien situé à moins de dix minutes à pied d’une station de métro ou d’un arrêt de tramway fréquent bénéficie d’une base de locataires plus large. À l’inverse, un quartier mal desservi impose une dépendance à la voiture, ce qui rebute une partie croissante des citadins, en particulier les jeunes ménages.
Les services du quotidien viennent ensuite : supermarché, boulangerie, pharmacie, maison de santé, crèche, équipements sportifs. Chaque élément ajoute une “couche” de valeur d’usage au quartier. Un secteur où il faut prendre la voiture pour le moindre achat banal aura du mal à rivaliser avec un quartier permettant de tout faire à pied en moins de quinze minutes, selon la logique de la “ville du quart d’heure” popularisée par plusieurs municipalités françaises depuis 2020.
Dans cette grille, la sécurité joue un rôle structurant. Les indicateurs de délinquance publiés par le ministère de l’Intérieur par commune, recoupés avec le ressenti local, orientent le choix. Un quartier où les actes de vandalisme et les cambriolages sont fréquents peut générer des vacances locatives plus longues, des loyers tirés vers le bas et des coûts de remise en état plus élevés. À l’inverse, un environnement perçu comme apaisé incite les locataires à prolonger leur bail.
Enfin, la présence d’écoles, de collèges et de lycées réputés transforme certains périmètres en zones particulièrement recherchées. Les familles acceptent parfois un loyer plus élevé, ou un appartement un peu plus petit, pour rester dans un secteur scolaire jugé de qualité. Service-public.fr rappelle que le système de sectorisation influe sur l’affectation des enfants ; cette logique irrigue de façon très concrète les marchés locatifs des villes moyennes comme des métropoles.
Étude de cas : deux quartiers, deux trajectoires de valorisation
Reprenons un exemple fictif mais inspiré de situations réelles. Dans une agglomération de 300 000 habitants, deux quartiers voisins, A et B, affichent en 2018 un prix moyen identique de 2 600 € par m² dans l’ancien. Le quartier A dispose déjà d’une ligne de tramway, de plusieurs écoles et d’un centre commercial. Le quartier B reste desservi uniquement par des bus, avec des friches industrielles et peu de services.
Entre 2018 et 2024, un programme de rénovation urbaine transforme le quartier B : création d’un parc, ouverture d’un pôle de santé, arrivée d’un campus universitaire délocalisé, puis prolongement du tram. En 2025, d’après les bases de transactions des Notaires (hypothèse à rapprocher des données DVF), le prix moyen au m² atteint 3 450 € dans le quartier B, contre 3 050 € dans le quartier A, désormais plus saturé. La hausse cumulée est supérieure de 400 € par m² dans le secteur auparavant délaissé.
Pour un investisseur ayant acheté un T3 de 65 m² en 2018 dans le quartier B pour 169 000 € (frais d’acquisition inclus à 7,5 % [À VÉRIFIER selon département]), une revente sur la base de 3 450 € par m² représenterait un prix net vendeur théorique d’environ 224 250 €. Même en tenant compte des frais de vente et de la fiscalité éventuelle sur la plus‑value, la revalorisation dépasse largement le simple rendement locatif perçu pendant la période. C’est précisément ce type d’effet de rattrapage que recherchent les investisseurs prêts à anticiper les projets urbains.
À l’opposé, un achat sans analyse préalable dans un quartier en déclin démographique, marqué par la fermeture d’usines ou d’équipements publics, peut conduire à une quasi‑stagnation du prix, malgré un loyer brut initialement correct. La valorisation à long terme ne suit plus, et la sortie de l’investissement devient délicate.
Le critère déterminant, dans ces scénarios, tient moins à l’étiquette “bon” ou “mauvais” quartier qu’à la trajectoire socio‑économique qui se dessine sur dix à quinze ans.
Comprendre la demande locative par type de quartier et de locataire
Un même quartier ne parle pas à tous les locataires. Les étudiants privilégient l’accès rapide aux campus et au centre-ville, les jeunes actifs cherchent la proximité des pôles d’emploi et des lieux de sortie, les familles ciblent d’abord les écoles et les espaces verts, tandis que les seniors regardent les services de santé et la tranquillité. La rentabilité réelle d’un bien dépend donc de l’alignement précis entre le profil dominant des occupants et les caractéristiques du secteur.
Un quartier à forte population étudiante se reconnaît à la densité d’établissements supérieurs, de résidences étudiantes, de bars, de restaurants à prix modéré, mais aussi à une offre abondante de studios et T1 en annonces en septembre. Dans ces zones, l’investissement dans de petites surfaces meublées peut générer un loyer au mètre carré plus élevé, au prix d’un turnover important. La fiscalité en meublé non professionnel (LMNP) et le choix entre micro‑BIC et réel, décrits sur impots.gouv.fr, influencent alors fortement la rentabilité nette.
Les quartiers familiaux se caractérisent plutôt par des T3 et T4, des maisons mitoyennes, des crèches, des écoles, des équipements de loisirs. La durée moyenne d’occupation y est nettement plus longue : trois à six ans selon les études de l’ANIL, contre un à deux ans dans les zones étudiantes. Le rendement brut peut y être légèrement inférieur, mais la stabilité des locataires réduit les frais de remise en état, la vacance locative et le temps consacré à la gestion.
Reste la catégorie des quartiers mixtes, où cohabitent étudiants, jeunes travailleurs et ménages avec enfants. Ces secteurs, souvent proches des centres d’affaires ou des gares, offrent une certaine résilience : quand la demande d’un segment se tasse, un autre prend le relais. Un appartement de 60 m² peut, selon les périodes, accueillir une colocation de deux actifs, une famille avec un enfant ou un couple de retraités attirés par les services de proximité. Cette flexibilité constitue un amortisseur en période de turbulence économique.
Adapter le type de bien au profil de locataires visé
L’erreur fréquente consiste à choisir un bien avant d’avoir défini le locataire cible. La démarche inverse est plus robuste : identifier le profil majoritaire dans le quartier, puis sélectionner la typologie de logement en conséquence. Dans un rayon de 800 mètres autour d’une grande université, viser prioritairement des T1, studios ou T2 modérés prend sens. Dans un secteur résidentiel tranquille, une maison de ville avec jardin se louera plus facilement qu’un studio mansardé sous les toits.
Pour illustrer, imaginons deux acquisitions possibles dans un même quartier mixte bien desservi : un studio de 22 m² acheté 105 000 € frais inclus, loué 580 € charges comprises à un étudiant, et un T3 de 62 m² acquis 215 000 € pour un loyer de 980 € charges comprises à une famille. Le rendement brut du studio dépasse 6,6 %, celui du T3 tourne autour de 5,5 %. En revanche, le studio connaît en moyenne un changement de locataire tous les 18 à 24 mois, avec 2 à 4 semaines de vacance, contre une durée d’occupation estimée à 4 années pour le T3.
En intégrant les frais de gestion, les éventuelles périodes vides, la fiscalité spécifique à chaque statut (micro‑foncier en nu, micro‑BIC ou réel en meublé), l’écart de rentabilité nette peut se réduire, voire s’inverser selon votre tranche marginale d’imposition. Sans simulation chiffrée détaillée, difficile de trancher. C’est la limite : seul un calcul sur tableur, ajusté avec un expert‑comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine indépendant, permet d’arbitrer sereinement.
Cette approche centrée sur la demande permet de sécuriser l’occupation du bien, condition indispensable pour que le quartier choisi tienne ses promesses de rendement.
Une ressource vidéo orientée “lecture de la demande locative” peut aider à repérer les signaux faibles qui n’apparaissent pas immédiatement dans les statistiques brutes.
Sécurité, qualité de vie et services : des critères qui pèsent sur la rentabilité
Au‑delà des loyers et des prix d’achat, la réussite d’un investissement dépend de facteurs souvent étiquetés comme “subjectifs” : ambiance de rue, sentiment de sécurité, propreté, nuisances sonores, mixité sociale. Pourtant, ces éléments influencent la durée d’occupation, la propension des locataires à payer un loyer légèrement supérieur, et même le niveau de dégradations dans les parties communes.
Le premier volet concerne la sécurité. Les données officielles de délinquance par commune et parfois par quartier, publiées par le ministère de l’Intérieur, offrent un point de départ. Mais la perception des habitants peut diverger. Une avenue très fréquentée par la police en soirée peut apparaître “à risque” aux yeux des futurs occupants, même si les chiffres restent contenus. Une visite du quartier en journée, puis de nouveau vers 22 heures, donne souvent une image plus réaliste que n’importe quelle statistique.
Deuxième élément : la qualité des écoles pour les secteurs familiaux. Les classements de collèges et lycées par taux de réussite au brevet ou au baccalauréat, consultables sur les sites académiques, renforcent ou nuancent la réputation d’un quartier. Un secteur d’affectation recherché tire mécaniquement la demande à la hausse. Certains parents acceptent un trajet domicile‑travail plus long pour rester éligibles à l’établissement souhaité. Cet arbitrage se reflète directement dans la tension locative locale.
La présence d’espaces verts, de pistes cyclables, d’aires de jeux, de lieux culturels et d’associations pèse également dans la balance. Le discours des mairies depuis 2020 autour de la “ville apaisée” n’est pas seulement un slogan ; les politiques de réduction de la circulation automobile, d’extension des zones piétonnes ou de végétalisation modifient réellement l’attractivité des rues. Un appartement sans balcon dans un quartier arboré et proche d’un parc peut rivaliser avec un logement doté d’une terrasse dans un environnement minéral et bruyant.
Commodités, transports et temps de trajet
Le temps perdu dans les transports constitue un coût caché pour les locataires. Un quartier donnant accès en 15 minutes au centre d’affaires principal via tramway ou RER n’a pas la même valeur d’usage qu’un secteur nécessitant deux correspondances de bus et 50 minutes de trajet. Ce temps devient une monnaie d’échange implicite dans la négociation du loyer : les locataires acceptent de payer plus cher pour regagner des heures sur leur semaine.
Pour un investisseur, cartographier ces temps de trajet (à l’aide de calculateurs d’itinéraires, de plans fournis par la collectivité, ou de sa propre expérience s’il connaît la ville) permet de hiérarchiser les quartiers. Quantifier la distance réelle aux commerces et aux services de santé évite les surprises : “proche de tout” dans une annonce peut signifier dix minutes en voiture, ce qui n’a rien à voir avec cinq minutes à pied.
Un moyen simple consiste à établir une petite liste de vérifications systématiques pour chaque quartier visé :
- Temps de trajet porte à porte vers les principaux pôles d’emploi et d’études.
- Nombre et diversité des commerces dans un rayon de 500 à 800 mètres.
- Distance aux écoles et établissements de santé (médecins généralistes, pharmacies).
- Niveau sonore moyen (axes routiers, voies ferrées, bars) à différents moments.
- Présence ou non de stationnement résidentiel et facilité à se garer.
Ce filtre qualitatif affine la sélection des quartiers, au‑delà des seuls ratios de rentabilité brute. Il réduit aussi le risque de se retrouver avec un bien qui ne correspond pas réellement au mode de vie de la cible locative visée.
Stratégies avancées pour cibler un quartier à fort potentiel locatif et patrimonial
Une fois les fondamentaux maîtrisés, certains investisseurs choisissent d’aller plus loin en adoptant une approche plus prospective. L’objectif n’est plus seulement de sécuriser un rendement brut immédiat, mais de combiner revenus locatifs et création de valeur à long terme grâce aux transformations urbaines à venir. Cette démarche demande davantage de travail, mais elle peut, sur une décennie, faire la différence entre un simple placement correct et un investissement réellement créateur de capital.
La première stratégie consiste à repérer les quartiers en amont des grands projets d’infrastructure. L’ouverture prévue d’une gare, l’extension d’une ligne de métro, la création d’un campus universitaire délocalisé ou d’un hôpital génèrent souvent un cycle de revalorisation progressif : annonce du projet, lancement du chantier, livraison, puis diffusion dans l’imaginaire collectif. Les études d’impact, les enquêtes publiques et les documents d’urbanisme (PLU, schémas de cohérence territoriale) disponibles sur les sites des collectivités et de Légifrance donnent accès à ces informations.
La deuxième stratégie vise les secteurs en renouvellement urbain. Les programmes ANRU de réhabilitation de quartiers fragiles transforment en profondeur le bâti, les espaces publics et parfois le peuplement. Investir dans ces zones suppose de bien comprendre le calendrier des travaux, la nature exacte des engagements publics et les risques de perturbations temporaires. Les premières années peuvent être inconfortables, mais la configuration finale du quartier, une fois les chantiers achevés, n’a souvent plus grand-chose à voir avec son image initiale.
Un troisième axe tient à la diversification géographique. Plutôt que de concentrer tous ses biens dans un seul quartier, certains investisseurs choisissent de répartir leurs achats entre un secteur étudiant, un quartier familial et éventuellement une petite ville en tension locative. Cette répartition limite les risques liés à une évolution défavorable localisée, comme la fermeture d’un site industriel ou la baisse soudaine de fréquentation d’un campus.
Cas chiffré : anticiper la mutation d’un quartier périphérique
Imaginons un quartier périphérique d’une grande ville où un projet de tramway a été adopté par la métropole avec une mise en service annoncée pour 2030. Le prix moyen actuel au m² dans l’ancien s’élève à 2 300 €, pour un loyer moyen de 12 € par m² en location nue. Le rendement brut d’un T3 de 60 m², acheté 147 200 € frais inclus (2 300 € x 60 m² + 8 % de frais [À VÉRIFIER selon département]), loué 720 € hors charges, atteint environ 5,9 %.
Dans un quartier déjà desservi par le tram, plus central, le même T3 se paie 3 400 € par m², soit environ 217 000 € frais inclus, pour un loyer estimé à 920 € hors charges. Le rendement brut tombe à un peu plus de 5 %. L’investisseur qui accepte le pari du quartier périphérique, en assumant un temps de trajet plus long pendant quelques années et un environnement encore en travaux, obtient un rendement supérieur dès le départ et espère une convergence partielle des prix une fois la ligne livrée.
Si, dix ans plus tard, le prix au m² du quartier périphérique rejoint 3 000 €, la valeur théorique du bien grimpe à 180 000 €. En prenant en compte le capital restant dû sur l’emprunt, les loyers encaissés et la fiscalité de la plus‑value (cadre détaillé dans le BOFIP RFPI), ce montage peut générer un effet de levier significatif. Mais cette projection dépend de paramètres nombreux : respect des délais, acceptation du tram par les habitants, évolution générale du marché. C’est la limite : aucune promesse de doublement automatique de valeur n’est sérieuse sans cet examen critique.
Au-delà des chiffres, ces stratégies avancées reposent sur une idée centrale : un bon quartier d’aujourd’hui n’est pas forcément un bon quartier dans 25 ans, et l’inverse est tout aussi vrai. La solidité d’un investissement locatif tient alors à la capacité à lire ces tendances de fond, sans céder aux discours publicitaires ou aux prophéties trop assurées.
Cet article expose un cadre général, des ordres de grandeur et quelques cas chiffrés sur le choix d’un quartier pour un investissement locatif. Il ne constitue ni un conseil patrimonial ni un conseil fiscal personnalisé. Pour une décision engageant votre patrimoine, l’échange avec un notaire, un expert‑comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine indépendant reste à privilégier.
Comment vérifier si un quartier est vraiment tendu sur le plan locatif ?
Plusieurs sources publiques permettent de mesurer la tension locative : les données de l’INSEE sur le nombre de ménages locataires, les bases d’annonces (temps moyen avant location), les informations des observatoires locaux de l’habitat et des agences de l’ANIL. Un quartier où les annonces disparaissent en quelques jours, où les visites se font en groupé et où les loyers ne sont pas négociés à la baisse présente généralement une demande forte. Recouper au moins deux de ces sources limite le risque d’erreur d’appréciation.
Faut-il privilégier le rendement locatif ou la plus-value potentielle du quartier ?
Le choix dépend de vos objectifs et de votre horizon de détention. Un quartier à fort rendement brut mais à faible potentiel de valorisation peut convenir pour générer des revenus complétant un salaire ou une retraite. À l’inverse, un secteur plus cher, avec un rendement immédiat plus modéré, peut présenter un intérêt si les fondamentaux économiques et urbains laissent présager une revalorisation sur 10 à 20 ans. Dans la pratique, beaucoup d’investisseurs cherchent un compromis : rendement net satisfaisant et perspectives raisonnables de plus-value, validées par un professionnel.
Comment intégrer la fiscalité dans le choix du quartier d’investissement locatif ?
La fiscalité ne dépend pas directement du quartier mais du type de location (nu ou meublé), du régime (micro-foncier, micro-BIC, réel) et de votre tranche marginale d’imposition. Cependant, le profil de locataires associé au quartier influe sur le choix du statut : zones étudiantes et petites surfaces orientent souvent vers le meublé (LMNP), quartiers familiaux vers la location nue. Avant d’acheter, il est utile de simuler, à l’aide des barèmes publiés sur impots.gouv.fr et des fiches de l’ANIL, votre rendement net-net selon plusieurs hypothèses. Un expert-comptable peut ensuite affiner ces calculs pour votre cas.
Les quartiers en rénovation urbaine sont-ils toujours de bonnes opportunités ?
Les opérations de renouvellement urbain peuvent offrir de belles perspectives, mais elles ne sont ni automatiques ni homogènes. Certains projets ANRU transforment profondément le quartier et améliorent durablement son image ; d’autres peinent à changer la perception des habitants ou subissent des retards. Avant d’acheter, il faut examiner le contenu précis du programme, le calendrier prévisionnel, le niveau d’engagement financier des collectivités et, si possible, l’historique d’opérations similaires dans la même ville. La visite de quartiers déjà rénovés par le même aménageur donne souvent un bon indicateur de ce qui vous attend.
Un quartier très cher est-il forcément un mauvais choix pour investir ?
Un quartier déjà cher n’est pas nécessairement un mauvais choix, mais il impose une discipline plus grande dans le calcul de la rentabilité. Le prix élevé peut refléter une tension locative forte, une excellente desserte et un environnement très recherché, qui sécurisent les loyers dans le temps. La question devient alors : le surcoût à l’achat est-il compensé par la stabilité des recettes, la faible vacance et une probabilité élevée de revente facile ? Si, après calcul, le rendement net reste dans une fourchette acceptable pour vous et que le risque perçu est faible, ce type de quartier peut tout à fait avoir sa place dans un portefeuille immobilier diversifié.